Étude paysagère du quartier Germinal à Namur - Belgique


Un projet coeur de cité


Le projet se situe sur la commune de Saint-Servais, faubourg de la ville de Namur. Cette cité ouvrière est attenante aux carrières d’Asty-Moulin et aux usines de fabrication d’émaux. Malgré son caractère patrimonial, le site ne laisse entrevoir que les imposantes barres d’habitation qui cohabitent difficilement avec une zone verte peu entretenue, peu adaptée où il semble difficile se frayer un chemin au milieu de ces géants de briques. Cette zone, laissée à elle-même et envahie par les voitures parquées sauvagement, oppresse et limite l’épanouissement et l’appropriation des lieux par les riverains. Cet espace, peu sécurisé, est donc devenu au fil du temps, une sorte de masse de briques impersonnelle laissant son histoire de côté.




Afin de permettre aux riverains de se réapproprier le site et permettre au quartier Germinal de redevenir une cité comme l'a défini André Aymard (La cité grecque est une communauté de citoyens entièrement indépendante, souveraine sur les citoyens qui la composent ) notre aménagement devra répondre à de nombreuses contraintes et chercher à s'inscrire durablement dans le cœur des riverains.

Le site est réaménagé de manière circulaire, forme rappelant celle de la carrière voisine. Cette forme, quelque peu déstructurée, rassemble au cœur de la cité, matérialisé par une petite chapelle tout en créant une limite poreuse avec les abords du site. Cet ancien lieu de culte, épicentre des ondulations du projet, sera réhabilité en musée de la vie d’Anton et dédié à l’artiste surréaliste Marianne Van Hirtumm. Les véhicules, relégués en périphérie, libèrent le cœur de cité, cisaillé par des axes piétons irriguant toute la zone à réaménager.

Une rivière paysagère coulera le long de notre quartier, évoquant le Houyoux enterré lors de la construction du site et apportant du mouvement, de la légèreté et de la fraîcheur à notre composition tout en remplissant un rôle primordial dans l’écoulement des eaux. Les ondes initiées par la chapelle seront matérialisées par des murs en émail, fragment de l'histoire du quartier. Initialement, les quartiers ouvriers étant construits pour les salariés et leurs familles, les habitants dont certains descendent de cette génération de travailleurs pourront, eux aussi, ancrer leur passage dans l’histoire, en participant à la mise en place d’émail personnalisé ou même ayant une valeur sentimentale personnelle. Cette implication permettra de sensibiliser la population à la revalorisation de leur cadre de vie de façon durable.

Pour permettre de préserver la tranquillité dans le centre la cité, tout en tenant compte des besoins des habitants, les aménagements pour les adolescents seront déplacés dans la carrière, offrant la place nécessaire à la construction d'un terrain de foot et d'un parcours sportif attractifs. A cette place, de petites graines germeront sous le regards des habitants laissant place au fil du temps à un véritable potager communautaire recouvrant ainsi le sol de mille et un légumes et senteurs nouvelles dans l’optique de permettre aux riverains de se retrouver, d’échanger et de nouer des liens autour d’un thème capital à notre époque : l’agriculture biologique. Le potager sera prolongé par un verger, menant jusqu’à la maison des jeunes.

Ce mouvement initiera un échange intergénérationnel de savoirs et de goûts. Autour de la place, des gradins en bois, prolongés par des bancs asymétriques en émail, permettront à la manière d’Étienne Lantier, héros du roman Germinal d’Emile Zola, de s’exprimer ouvertement, créant un espace de dialogue et de partage à ciel ouvert. Cette optique de cohésion s'étend, au nord, par une zone de jeux pour petits et adolescents. Adossée à celle-ci, un immense tableau noir permet aux jeunes et moins jeunes d’exprimer graphiquement leurs émotions.

Pour conclure, ce projet aura un sens profond, exprimé par la forme et sublimé par l’implication de chaque habitant, produisant, par ces valeurs participatives, une réelle harmonie. Par cet aménagement, le quartier et ses habitants retrouveront une fierté liée au patrimoine communal et à leur solidarité car, dans une cité, la dimension participative est ce qui permet de créer, renouer, développer et entretenir les liens sociaux pour améliorer la qualité de vie et surtout l’intégration de tous.